IAM X // Entretien avec Chris Corner

Nous avons rencontré Chris Corner, le charismatique leader d’IAMX, lors de leur dernière tournée, dans les loges du Palladium, l’une des salles de concert mythiques de Varsovie, avant un concert mémorable. Corner, dans un entretien très personnel, nous a parlé de sa tournée, son dernier album, de dépression, du marché de la musique et nous livre quelques informations exclusives, à découvrir ci-dessous.

 

Nous te rencontrons au milieu d’une grande tournée à travers les États-Unis et l’Europe après la sortie de Metanoia et Everything is burning, comment as-tu perçu tout cela et comment te sens-tu aujourd’hui à Varsovie ?

Bien, très bien. Metanoia a été une expérience de vie pour moi, il parle de ma transformation personnelle donc juste après la sortie de ce mini album qui est une continuité de Metanoia : Everything is burning, je me sens nettoyé, c’est comme une renaissance. A part la fatigue d’être en tournée tout le temps, je suis épuisé physiquement mais mentalement je vais bien.

On sent effectivement que Metanoia est un album très personnel, peux-tu nous en dire plus sur sa création ?

J’ai vécu des moments difficiles et j’ai dû quitter Berlin pour Los Angeles afin de récupérer, j’ai vécu une transformation, elle est passée par un combat très sombre qui a donné naissance à cet album. Au départ, je ne voulais pas écrire à propos de ça, je pensais que c’était trop personnel de parler de ma dépression et de mes problèmes psychologiques, la société à des difficultés à accepter ces maladies comme des réalités, ce qui est ridicule. J’ai cru perdre définitivement la raison car lorsque j’étais vraiment mal, je ne pouvais pas créer, j’étais complètement paralysé et je n’avais pas l’énergie d’être créatif. Quand j’ai passé ce cap, j’ai pensé que je devais partager mon expérience avec d’autres qui ont pu passer par des expériences similaires, je pense que c’est l’une des meilleures choses que j’ai faite car c’est vraiment moi. Metanoia est aussi une manière de remercier ceux qui m’ont aidé à traversé tout ça. Metanoia a été écrit à Los Angeles, je suis allé dans une cabane dans le désert des Mojaves, je m’enfermais et explorais ce silence étrange et sauvage typique de ce désert, c’était une source d’inspiration.

Tu disais que Everything is burning est en fait la continuité de Metanoia, à quoi finalement à tu mis le feu : le monde, le désert, toi-même ?

À tout, en fait ! Je veux dire par là que pour les gens comme moi, artistes ou du moins sensibles, l’humanité et la vie réelle peut sembler destructrice, hypocrite, pleine de mensonges. Si tu observes le monde de cette façon, il peut sembler être en train de s’écrouler comme si tout se cassait la figure autour de toi. Quand tu es en dépression c’est exactement la même chose, comme si les ténèbres étaient sans fin. Et on ne devrait pas voir le monde comme ça, j’ai fait de mon mieux pour l’éviter mais c’est sorti tel quel quand j’ai écris car c’était cathartique pour moi, un peu comme une thérapie car j’étais capable d’exprimer tout ça. Je parle d’une extension de Metanoia car j’ai écris la plupart des chansons d’Everything is burning en même temps que celles de Metanoia mais les morceaux étaient beaucoup plus agressifs, c’est pourquoi, quand j’ai récupéré l’énergie d’être à nouveau en colère, je me suis dit que je devais absolument en terminer.

En parlant d’en terminer, la dernière vidéo, The Void est un mash-up de certaines de tes vidéos précédentes, pourquoi  ?

Je ne vais pas te mentir, je ne voulais pas repasser par le long travail que nécessite le fait de faire un nouveau clip, donc il y a une raison purement pratique à ça, c’est que je n’avais pas le temps. Je deviens obsédé et exigeant quand je rentre dans ce genre de processus créatif. Au final, ce concept de mash-up a pris tout son sens, c’etait ce que je voulais dire en fait, c’est comme une ode aux 5 ou 6 dernières années de ma vie pour dire au revoir à ces années là et aller de l’avant.

Tu as collaboré avec de nombreux musiciens ces dernières années Simon Le Bon, Gary Numan, Imogen Heap … avec qui aimerais tu collaborer dans le futur ?

L’idole de mon enfance est un type qui s’appelle David Sylvian du groupe Japan, dont j’adore le coté pop. J’ai aussi été forcé à écouter ses compositions les plus étranges et expérimentales par mon oncle qui était une espèce d’extrémiste de la musique. Donc David Sylvian est comme une partie de mon enfance et c’est sans doute l’artiste avec lequel j’aimerai le plus travailler.

Peut-être sur le prochain album ?

J’adorerais ! Mais j’aurais sûrement peur car rencontrer tes héros peut être dangereux au final.

Tu as beaucoup critiqué l’industrie de la musique par le passé, aujourd’hui quel regard portes tu sur ce business et sur les problématiques qu’elle doit gérer actuellement, à l’ère du numérique ?

C’est difficile, d’un coté tu as le sentiment que ton art et ta musique sont dévalués par le fait qu’on puisse télécharger gratuitement mais d’un autre coté, le fait de vendre de la musique sur un support physique est plutôt récent. Je veux dire, autrefois on se vendait ou échangeait des partitions mais l’essentiel du travail d’un musicien était de jouer, de faire des concerts et je pense qu’on en revient aux origines de ce que les musiciens faisaient. Tu dois aller sur la route, tu dois monter sur scène et les gens attendent c’est cette expérience humaine. C’est dur, il y a beaucoup d’offres, heureusement pour moi, j’ai des fans qui me soutiennent, qui aiment ma musique et viennent me voir et ça aide financièrement. Mais tu vois, je n’aime pas ce que fond certaines grosses structures avec la musique, mélanger tant d’argent avec une démarche artistique me semble contradictoire parce que l’argent en jeu fait que tu perds une forme de liberté dans la création. J’ai appris ça d’une expérience précédente, j’ai choisi de sortir du coté commercial et recréer un projet via internet, cela m’a beaucoup aidé en tant qu’artiste indépendant mais il faut savoir ce que tu veux vraiment et comment te vendre. Bref, tu peux rester assis et de dire que tout est foutu, mais c’est humain finalement, il faut que tu vois plus loin et que tu t’adaptes.

Finalement, qu’est-ce que tu prévois pour les prochaines années ?

J’ai prévu de sortir un album acoustique, revenir à simplement moi, ma voix et ma guitare et voir ce que cela donne avec des reprises d’anciennes chansons mais aussi de nouveaux titres, c’est assez flou pour le moment mais surtout je travaille aussi avec mon ancien groupe, Sneaker Pimps, je suis en train d’écrire et on essayera de sortir un album entre fin 2017 et 2018 !

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